«Quelle place pour le secteur privé dans la lutte contre la corruption ?» - Cocktail-débat - 9 décembre 2015 à l’Hôtel Ibis d’Antananarivo.

bg-image Publié le 29 Décembre 2015 dans Evènements, Secteur Finances Publiques

Transparency International – Initiative Madagascar (TI-IM) a organisé le 9 décembre 2015 à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption un cocktail-débat sur le thème : « Quelle place pour le secteur privé dans la lutte contre la corruption ? » à l’Hôtel Ibis d’Antananarivo.

Une cinquantaine d’invités représentant des entreprises privées des syndicats ou associations d’entreprises ont répondu présent à l’invitation.

Le Président de Transparency International – Initiative Madagascar, Maitre Alex Rafamatanantsoa a prononcé le mot d’ouverture puis a donné la parole au Directeur de l’association, Monsieur Frédéric Lesné, qui a rappelé l’ampleur de la corruption dans le secteur des affaires à Madagascar et souligné l’importance pour Transparency International – Initiative Madagascar d’identifier des partenaires souhaitant s’engager à ses côtés pour lutter contre ce fléau.  TI-IM a mené en septembre 2015 une enquête auprès d’entreprises ayant été confrontées à la corruption pour l’obtention d’un marché public. Près d’un quart (24%) des répondants ont déclaré vouloir participer activement à une plateforme de plaidoyer visant à l’adoption de réformes.

Trois intervenants ont ensuite été invités à exposer leurs points de vue sur la thématique. Monsieur Rajaonera, Président du Syndicat des Industries de Madagascar (SIM) a ouvert le débat avec sept propositions pour assainir le milieu des affaires malgaches. La publication des contributions de chaque entreprise aux recettes fiscales et par secteur d’activité ainsi que la création d’un Comité d’Ethique aideraient, selon Monsieur Rajaonera, à améliorer la transparence. Il a ajouté que pour créer un cercle vertueux il faudrait que les entreprises transparentes puissent être protégées et qu’à l’inverse les fraudeurs soient contraints à verser des amendes qui alimenteraient un fonds de soutien aux entreprises. « La transparence est la pierre angulaire d’une démocratie solide » et les secteurs publics et privés doivent agir de concert pour améliorer le climat des affaires. Il a cité en exemple les efforts faits par le Rwanda et l’Ethiopie dans ce sens.

Madame Gevers, représentante de la Banque Mondiale à Madagascar, a ensuite pris la parole et cité les résultats de l’enquête menée en 2013 sur les entreprises à Madagascar par la Banque Mondiale (www.enterprisesurveys.org). Pour Madagascar la prévalence de la corruption dans le secteur privé est plus élevée que dans le reste de l’Afrique. 46% des hommes d’affaires s’attendent à devoir donner un cadeau ou payer un dessous de table lors d’une demande de licence d’activité sur la grande île contre 19,4% en Afrique sub-saharienne. Pourtant seulement 30,2% des entreprises interrogées à Madagascar ont reconnu la corruption comme une contrainte dans leur activité alors que ce taux monte à 43,4% dans le reste de l’Afrique. Comme piste de réflexion pour les entreprises pour se prémunir de la corruption est l’association avec d’autres entreprises, la simplification des procédures, comptables notamment, et la limitation des interactions humaines. Ces actions ont fait leurs preuves dans d’autres pays pour réduire la corruption au sein d’une entreprise. Le secteur privé se doit aussi de soutenir les administrations efficaces et les fonctionnaires intègres ; la Banque Mondiale soutient les réformes dans les secteurs de la fiscalité et des douanes.

Monsieur Andriamifidy, Directeur Général du BIANCO (Bureau Indépendant Anti Corruption) a pour sa part exposé l’importance de la coopération entre le secteur public et le secteur privé. La nouvelle Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption 2015-2025 adoptée en août 2015 va dans ce sens en mettant en avant la lutte contre l’impunité, la coopération avec la société civile et le recouvrement des sommes impayées. Monsieur Andriamifidy a proposé la mise en place d’un programme de conformité et de déontologie dans le secteur privé et une politique sectorielle dans le secteur public avec la création de cellules anti-corruption dans chaque ministère et administration.

Le débat s’est ensuite tenu à huis-clos et les chefs d’entreprise ont profité de cette occasion pour interpeller les intervenants sur l’antagonisme des politiques de coopération internationales qui continuent de soutenir financièrement certains ministères et des administrations publiques qui présentent pourtant de mauvais résultats en termes de transparence et lutte contre la corruption.

Les discussions qui s’ensuivirent ont montré une exaspération envers des cas corruption avérés mais non ou mal traités par la justice et une volonté forte des chefs d’entreprise et des syndicats représentés de s’engager plus fortement dans la lutte contre la corruption.

La soirée s’est terminée autour d’un cocktail dînatoire dans la salle de l’Hôtel Ibis d’Ankorondrano. Cet évènement venait clôturer la première phase d’un projet de Transparency International – Initiative Madagascar dans le secteur privé financé par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime.