Le gouvernement de Madagascar doit prendre des mesures contre le trafic de bois précieux

Ecrit conjointement avec l’Alliance Voahary Gasy (AVG)

 

Transparency International - Initiative Madagascar (TI-IM) et l'Alliance Voahary Gasy (AVG) ont récemment été approchées par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) dans le cadre d’une collecte d’informations et de données sur le trafic de bois de rose à Madagascar

L'enquête (version anglaise, version française, et version malagasy) qui en résulte renforce notre propre analyse de la situation et celle d'autres organisations spécialisées, telles que l'Environmental Investigation Agency (EIA).

L'enquête met en perspective le projet actuel du gouvernement de Madagascar, soutenu par la Banque mondiale, de permettre la vente de milliers de grumes de bois précieux saisies ou déclarées par des propriétaires privés. Ce projet pourrait réactiver les réseaux de trafic dormants et permettre des transactions illicites sous le couvert de transactions autorisées, comme cela s'est déjà produit par le passé.

Comme l'explique Alexander von Bismarck, directeur exécutif d'EIA: « Malgré les récentes alertes lancées par des experts internationaux, des représentants des communautés locales, la société civile malgache, des représentants d'organisations internationales et consulaires, le gouvernement malgache insiste pour vendre les stocks [de bois précieux], ce qui contribuerait non seulement à fragiliser plus encore les spécimens restants de bois de rose, mais aussi à permettre aux trafiquants de recouvrer leur argent. »

Nous nous demandons pourquoi la Banque mondiale et d’autres partenaires techniques et financiers appuient le gouvernement actuel sur cette question, car le patrimoine mondial et l’avenir de toute une population sont en jeu.

De plus, TI-IM et AVG notent qu'en 2016, le gouvernement malgache s'est engagé à mettre en œuvre toutes les mesures recommandées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) concernant le commerce et la gestion des stocks de bois précieux. L’une de ces conditions est de renforcer sensiblement les mesures de lutte contre l’exploitation forestière illégale, notamment par des saisies, enquêtes, arrestations, poursuites et sanctions. Cependant, à notre connaissance, aucune des sept recommandations formulées par la CITES n’a été suivie, sauf dans une certaine mesure la partie F (inventaire des stocks). Cependant, il semble que cette recommandation n’ait été mise en œuvre que pour faciliter une éventuelle vente de ces stocks.

Si des journalistes ont réussi à infiltrer un réseau mafieux existant et à identifier des détails spécifiques de son mode de fonctionnement, le gouvernement aurait pu faire de même, s’il avait la volonté politique de le faire.

TI-IM et AVG estiment que les efforts déployés jusqu’à présent ne reflètent pas une réelle volonté de s’attaquer au cœur du problème : les réseaux existants impliquant des élus et des personnalités politiques, l'exploitation forestière dans les zones protégées, et l’exportation et la commercialisation illégales.

Les mesures prises par le gouvernement sur la question semblent être motivées uniquement par la volonté d’obtenir un financement international destiné à l’établissement d’un inventaire et à la vérification des stocks existants de bois précieux.

 

A titre d’exemple, la chaîne spéciale de lutte contre le trafic de bois de rose et/ou de bois d’ébène n’a été opérationnalisée que près de trois ans après la promulgation de la loi n°2015-056 du 17 décembre 2015 l’instituant, à quelques mois seulement de la réunion du Comité permanent de la CITES qui se tiendra en octobre de cette année en Russie.

Face à cet état de fait, TI-IM et l'AVG recommandent au gouvernement de respecter ses engagements pris, notamment en :

  • Réalisant les investigations et enquêtes attendues sur l’ensemble du dossier « bois précieux » ;
  • Sanctionnant sans réserve tous les trafiquants et leurs complices, y compris les personnalités publiques et politiques impliquées dans le trafic de bois précieux ;
  • Respectant les obligations de protection des militants écologistes impliqués dans la dénonciation des trafiquants et de leurs auteurs, au lieu de les réprimer et de les terroriser ;
  • Faisant preuve de transparence dans l’inventaire des stocks existant de bois de rose en y associant notamment la société civile, et en rendant effectives les mesures prévues dans le Plan de gestion de la biodiversité datant de mai 2016.

L'enquête de l'OCCRP montre que certains candidats à la prochaine élection présidentielle ont été ou sont encore impliqués dans le trafic de bois précieux. TI-IM et AVG exhortent tous les candidats à faire connaître publiquement leur position sur la question et à préciser les mesures qu’ils préconisent pour mettre un terme définitif au trafic de bois précieux.

Faciliter le commerce illégal de bois précieux est un crime environnemental international auquel les auteurs doivent répondre devant les tribunaux.

 

Transparency International est partenaire de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) par le biais du Global Anti-corruption Consortium (GACC), une alliance innovante visant à renforcer la lutte mondiale contre la corruption en combinant journalisme d'investigation et plaidoyer.