Menace sur l’économie bleue à Madagascar

bg-image Publié le 01 Octobre 2018 dans Communiqués officiels

Nous, organisations de la société civile signataires du présent communiqué, souhaitons informer le public de nos inquiétudes vis-à-vis de l’accord signé à Beijing (Chine) le 5 septembre 2018 entre l’Agence Malagasy de Développement économique et de Promotion des entreprises (AMDP) et le consortium d’investisseurs chinois Taihe Century Investments Developments Co. Ltd, représenté par M. Miao Jirong.

Contrairement à la communication officielle faite au moment de la signature de cet accord, censé favoriser l’essor de « l’économie bleue » à Madagascar, celui-ci représente en réalité une menace sans précédent sur notre environnement marin déjà fragile.

L’accord a été signé en présence de M. Hery Rajaonarimampianina, deux jours seulement avant sa démission de la Présidence, sans concertation aucune avec les acteurs concernés, en ignorant les probables répercussions négatives à long terme pour l’environnement et la population malagasy. L’opacité entourant les conditions d’attribution de ce contrat est particulièrement inquiétante.

Cet accord prévoit un investissement par le consortium Taihe Century Investments Developments Co. Ltd d’un montant de 2,7 milliards de dollars, dont 700 millions de dollars consacrés, dans une première phase d’investissement, à l’exploitation des ressources halieutiques par une flotte de 330 navires. Les détails de l’accord nous sont, à l’heure où ce communiqué est publié, encore totalement inconnus.

Aucune garantie n’est offerte sur les supposées retombées économiques importantes de ce projet d’investissement. La seule certitude à ce jour est qu’il doit démarrer dès cette année. Les gains potentiels avancés par l’AMDP sont par ailleurs sujets à caution dans la mesure où, à notre connaissance, aucune étude d’impact économique ou environnemental n’a été faite, bien que ceci soit requis par le droit national pour tout projet d’investissement susceptible de porter atteinte à l’environnement(1) . Si l’on s’en réfère à d’autres accords similaires, comme celui signé entre l’Etat mauritanien et l’entreprise d’Etat chinoise Poly Hon Don en 2011, ces retombées économiques sont souvent très loin d’égaler celles promises.

Le projet à Madagascar prétend favoriser le développement de « l’économie bleue » mais est en fait en contradiction avec ses principes, notamment celui d’accroître les bénéfices socio-économiques de la population. Sous couvert d’opportunité économique, cet accord menace le développement durable et la préservation de notre environnement marin et côtier.

Pour rappel, la pêche maritime contribue à la subsistance d'environ 1 million de personnes  à Madagascar(2). La production nationale est actuellement estimée à 130 000 tonnes par an, une exploitation déjà considérée comme excessive par des experts du secteur (3). Il ne fait aucun doute que l’arrivée d’une flotte supplémentaire de 330 navires pour exploiter  notre ressource marine déjà en déclin serait dévastatrice pour l’environnement et pour la sécurité alimentaire de la population.

Une vraie économie bleue se traduit par l’effectivité d’une gestion intégrée des ressources ainsi qu’un système de gouvernance transparent et inclusif de l’espace maritime.

L’opacité du présent accord et des conditions de sa signature semble suivre une norme désormais établie à Madagascar. Le manque de transparence entourant sa signature ainsi que son incohérence économique et environnementale nous contraignent à nous opposer fermement à sa mise en application.

Les organisations de la société civile signataires de ce communiqué demandent donc que :

 

  • Les détails de l’accord entre l’AMDP et le consortium Taihe Century Investments Developments Co. Ltd soient rendus intégralement publics ;
  • Des études indépendantes soient menées sur les conséquences économiques et environnementales de l’accord
  • L’ensemble des acteurs de la filière soit intégré et consulté dans le processus de décision sur des accords impactant la politique de gestion

Dans l’attente de ces études indépendantes et de la concertation de l’ensemble des acteurs de la filière, nous demandons la suspension immédiate de cet accord.

 

Antananarivo, le 28 septembre 2018

LES SIGNATAIRES

TRANSPARENCY INTERNATIONAL - INITIATIVE MADAGASCAR

 

MIHARI ET SES ORGANISATIONS MEMBRES

 AQUATIC SERVICE

BLUE VENTURES

C3.ORG

CETA MADA

CONSERVATION INTERNATIONAL MADAGASCAR

COSAP SAHAMALAZA

ANTREMA MADAGASCAR

OPTI’POUSSE HAIE

REEFDOCTOR

SAHI

SEED MADAGASCAR

WWF

 

ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE MALAGASY

ALLIANCE VOAHARY GASY

COALITION NATIONALE DE PLAIDOYER ENVIRONNEMENTAL

COALITION EDS RADIOS MADAGASIKARA

CRAAD-OI

LIBERTY 32

OBSERVATOIRE DE LA JEUNESSE

CRADES

ROHY

ROSEDA AMBILOBE

TAFO MIHAAVO

WAKE UP MADAGASCAR

 

 

1.Décret n° 99-954 du 15 décembre 1999 relatif à la mise en compatibilité des investissements avec l’environnement (J.O. n° 2648 du 10.07.2000, p. 2235)

2.Cf. Lettre de Politique Bleue du gouvernement de 2015

3.Source: FAO étude IOC Smartfish, 2014